La forte montée de la houle dans les lagons et sur les rivages les plus exposés a provoqué, à plusieurs reprises, d’importants dégâts dont de nombreux fare endommagés ou détruits. Peux-t-on se prémunir contre de tels sinistres et dans quelles conditions?
Face à la houle, quelle protection ?
Échaudés après avoir subi d’importants dégâts liés à la montée des eaux, certains propriétaires de terrains en bord de mer ont réagi en entreprenant la construction d’ouvrages “anti-houle” dont certains, critiqués par les riverains ou par des associations de défense de l’environnement, se sont transformés en “murs de la discorde”. Que peut-on faire ou ne pas faire en la matière?
Respecter le domaine maritime
La construction d’un mur de protection sur les terrains en bord de mer est en principe autorisée, à condition toutefois de ne pas empiéter sur le domaine public maritime. Un document délimitant, par rapport à votre parcelle, ce domaine maritime (fourni par les services de l’Equipement) vous sera réclamé.
Si vous envisagez de réaliser un remblai et de construire un enrochement, vous devrez, au préalable, déposer une demande de permis de travaux immobiliers, obligatoire pour la réalisation de tout terrassement de plus de 60 m3. La réalisation d’épis (barrière de protection pénétrant dans la mer) visant à détourner les effets de la houle est en revanche prohibée, à défaut d’obtenir préalablement une autorisation d’occupation du domaine maritime…
Enfin, sachez que l’ouvrage envisagé est sensé, selon le Code de l’Aménagement, ne pas porter préjudice (visuel) au site environnant…
Une disposition qui, hélas, n’a pas empêché l’édification par des propriétaires peu scrupuleux d’édifier d’hideux murs en béton dégradant le rivage et “intouchables” en l’absence de plaintes déposées par le voisinage.
Le géotextile en question :
Édifier un enrochement pour se préserver de la houle ne sera efficace que si celui-ci est correctement mis en oeuvre. On conseille généralement l’emploi de géotextile afin d’étanchéifier l’ouvrage (à l’instar des murs de soutènement).
Inconvénient?
Le géotextile en présence de mamu (terre fortement imperméable) a tendance, en saturant, a engendré des poches d’eau nuisibles à la base des enrochements. Aussi, certains professionnels se tournent-ils désormais vers des géotextiles à alvéoles qui conserveraient leur fonction filtrante.
Redécouvrir les pilotis
Les maisons situées directement face aux passes sont bien sûr plus exposées. Cependant, la menace est parfois insoupçonnable car le risque varie selon la bathymétrie, la configuration du rivage, la hauteur du terrain par rapport au niveau de la mer, etc.
Respecter la règle de base (Code de l’Aménagement) invitant à construire en retrait de 5m du rivage (ndlr: elle aussi peu suivie…) est la première des bonnes mesures à prendre.
La deuxième précaution élémentaire consiste à construire sur pilotis. En cas de montée des eaux, le fare sera surélevé et préservé de l’intrusion des flots inéluctables dans les maisons de plains pieds. Hélas, les fare sur pilotis, qui bénéficient pourtant de nombreuses autres vertus sous nos climats, tendent à disparaître. Les houles de 2005 sont peut-être l’occasion de nous rappeler leur utilité…
Les dégâts liés à la houle peuvent-ils être, en partie, couverts par les assurances? Il est possible de contracter une garantie “Tempête Ouragan, Cyclone” ou “TOC”, dont les conditions sont à préciser avec votre assureur. Sachez toutefois que les nouvelles souscriptions ne sont pas acceptées entre novembre et mai, soit en période de risques…
La houle dans les PPR
La Polynésie française s’est lancée dans l’élaboration de PPR ou Plans de Préventions des Risques naturels recensant quatre risques, dont la houle cyclonique et les tsunamis. Des degrés de risque ont ensuite été établis, par zone et par commune afin, soit d’interdire toute construction, soit d’imposer des normes de protection.
Ainsi, dans les zones exposées à la houle et classées en “risque fort”, la construction de bâtiments à usage d’habitation sera très réglementée voire interdite, les annexes seules (fare potee…) demeurant autorisées. En zone à risque “moyen” (frange côtière, selon le relief, de deux à vingt mètres du rivage par exemple, les habitations devront comporter un plancher situé à au moins 30 cm au-dessus d’une côte de référence fixée, non pas par rapport au sol, mais par rapport au niveau de la mer. Enfin, autre autres dispositions, les édifications sur vide sanitaire et les clôtures de protection transparentes seront préconisées.