fa'a'Apu ou Jardin potager

Manger la production de son jardin, voir grandir ses légumes: quel plaisir! avoir son petit fa’apu est relativement aisé et surtout très gratifiant en suivant quelques conseils comme: planter les variétés adaptées, s’en occuper quotidiennement, éviter les écueils et lutter contre les ennemis des cultures.

Le but d’un potager à la maison reste de se faire plaisir, de réduire ses dépenses en produits frais, tout en restant le plus «bio» possible! Il n’y a pas de secret: chercher à faire pousser des légumes de climat tempéré (pommes de terre, carottes, asperges…) ne fonctionnera pas ou au prix de traitements chimiques intensifs! Il faut rester réaliste et se rabattre sur les variétés tropicales ou hybrides adaptées. La saison idéale pour cultiver son fa’apu est la saison fraîche, moins humide, de mai à novembre. Petit tour du potager du jardinier amateur mais avisé…

Quelles variétés?
• Citrouille: les plants de citrouille poussent comme du chiendent, même sur les atolls: entre le semis et la récolte, il suffit souvent d’attendre à peine plus de 3 mois. Pour les semis, creusez un trou de 30 cm, remplissez-le à moitié de compost (si vous en avez) ou de terreau, placez-y quatre graines enfouies de 3 fois leur épaisseur. Espacez les trous de 30 cm et ne conservez que les deux plants les plus robustes par trou. Une exposition ensoleillée est idéale. Les citrouilles apprécient particulièrement les sols riches et s’épanouissent parfaitement sur les tas de compost. Si les fleurs tombent, il s’agit peutêtre d’une carence du sol en potasse. Taillez les gourmands* lorsqu’ils commencent à se former, pincez les extrémités des pousses pour les inciter à donner des fruits. Évitez d’arroser les feuilles qui seront alors sensibles aux attaques fongiques (oïdium).

• Poivron: la culture du poivron est difficile sous notre climat tropical en raison des nombreux parasites (ravageurs comme les acariens et les pucerons, champignons tels que l’alternariose et l’oïdium, maladies bactériennes…). Le choix de variétés est donc primordial. Pour les semis, plantez de préférence les graines en petits bacs ou dans des godets de tourbe avant de les transplanter plus tard lorsqu’ils auront de bonnes racines, en pleine terre ou dans des bacs plus grands. L’arrosage est l’élément le plus important: la terre doit être maintenue humide en permanence et comme pour de nombreuses cultures, le paillage du sol permet de conserver cette humidité et de limiter les arrosages. Comme pour les tomates, il est nécessaire de tuteurer pour bien maintenir la plante aérienne et éviter les parasites du sol.

• Salades: la plus connue, appréciée et adaptée à nos conditions tropicales est la laitue Minetto, pommée aux feuilles très croquantes.
Mais il est possible de produire d’autres types de laitue: feuille de chêne verte, feuille de chêne rouge, laitue beurre, laitue corail vert, laitue corail rouge.

Conseil de pro: un jardin hors sol et bio…
Pour limiter l’invasion des mauvaises herbes ou des insectes du sol (et donc les traitements insecticides et pesticides), le jardin hors sol «fait maison» est idéal. Claude, employé au SDR à Ua Pou, nous révèle ses techniques agricoles pour son potager familial, entièrement bio! Il y cultive laitues, concombres, pota, choux, chicorée, minetto, tomates, poivrons, pastèques et aubergines.
® 1/ Construire des bacs sur pilotis (1 m du sol) à base de planches de récupération ou de palettes, d’une largeur de 30 à 40 cm et de la longueur souhaitée et d’une profondeur suffisante aux racines (40 cm).
® 2/ Remplir les bacs au 3/4 d’un mélange de terreau universel, de terre – tamisée - et de sable de rivière (Claude utilise de la terre d’acacia, riche en matière organique).
® 3/ Une fois les semis effectués, les repiquer dans les bacs avec précaution. A noter que les godets de tourbe se révèlent très pratiques car ils sont biodégradables et se plantent directement en terre, sans risque de casser les jeunes racines. Espacement: les jeunes plants réclament au moins 20 cm pour une croissance harmonieuse.
- L’entretien (désherbage à la main, tuteurage des plants, arrosage) est quotidien: pas d’oubli ou de fiu… En saison sèche, arrosez deux fois par jour (régularité importante, en particulier pour les tomates).
- Pour un potager bio, utilisez des amendements bio uniquement (crottin de cheval, fumure de chèvre…). Les plus motivés disposeront d’un bac à compost, pour un apport permanent de matière organique de qualité.
- Ne conservez pas la terre: une fois la récolte effectuée, videz le bac de son substrat et changez-le avant de replanter.

Il faut le savoir…
en juin 2008, sur 58 produits locaux, 26 % des échantillons présentaient des résidus de pesticides supérieurs aux normes en vigueur. sont particulièrement touchées, les salades locales: un échantillon a notamment révélé une dose d’insecticide dangereux , taux 250 fois supérieur à la normale! (source: bilan de campagne d’analyse sur les fruits et légumes commercialisés dans les grandes surfaces de Tahiti et de Huahine – Institut de la Consommation)

Voir aussi: Agencer son potager

Le principal souci du jardinier est le désherbage et la lutte contre les nuisibles (pucerons, mineuses, chenilles et limaces particulièrement friandes des jeunes feuilles…). Le semis peut se faire en godet ou directement en place. On éclaircit alors ensuite pour permettre aux plants de grossir. L’entretien de la culture passe par un désherbage et un arrosage réguliers. Il faut compter 3-4 litres par mètre carré au stade de jeune plant, puis 10 litres au stade de plein développement. En pleine terre, contre les mauvaises herbes, le meilleur compromis consiste à cultiver vos salades en installant préalablement sur le sol un système de paillage (en niau par exemple ) qui empêche les mauvaises herbes de pousser tout en préservant l’aération et l’arrosage du sol.
La fertilisation est un élément important de la culture. Le cycle de la salade étant très court - 1 mois en plein champ environ, une seule fertilisation de fond sera suffisante. Vous pouvez par exemple, pour un usage familial, apporter du fumier (Avicumus) dans le sillon de plantation pour enrichir le sol à long terme.

• Tomates: les grandes gagnantes sont les tomates cerises qui poussent très facilement! De nombreux hybrides sont disponibles depuis dans le commerce, productifs en saison chaude, tolérantes ou résistantes au flétrissement bactérien et de bonne qualité. La tomate n’aime pas les arrosages irréguliers et a de nombreux ennemis…Planter en pot est une bonne alternative.

• Concombres: ils peuvent être semés directement, sans passer par le repiquage à partir des semis en godets. Placez alors trois graines au même endroit et conservez le plant le plus robuste. Leur principal ennemi est l’alternariose, une maladie fongique due à divers champignons du genre Alternaria. Avant d’envisager un traitement chimique, il est utile de respecter quelques règles simples: préférer des variétés résistantes, réduire au maximum l’humidité et favoriser l’aération des abris, supprimer les feuilles malades et les brûler, désinfecter le terreau utilisé…

• Haricots: longs et croquants, ils poussent à vue d’oeil: il s’agit des haricots verts chinois encore appelés «haricots verts kilomètre», délicieux sautés. Idéaux pour recouvrir un grillage, ils produisent vite et beaucoup, sans entretien. Il faudra juste veiller à protéger les jeunes plants des attaques de fourmis et des oiseaux. Pensez au tuteurage adapté: deux tuteurs qui se rejoignent, par exemple.

• Pota: s’ils sont bien semés (à raison de deux ou trois graines par trou, espacés de 10-15 cm) en rangées, pas trop envahis par les mauvaises herbes, vous obtiendrez de beaux choux chinois en moins de 3 mois.

• Herbes aromatiques: menthe, basilic, persil chinois s’adaptent parfaitement en jardinière; vous pourrez ainsi toujours les avoir à portée de main.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Préparer la terre
Pour commencer un potager,
il faut avant tout labourer sa
parcelle pour préparer la terre:
retourner le terrain, éliminer les
cailloux, les mauvaises herbes,
ratisser, puis enfin semer. Le
labour consiste à retourner sens
dessus dessous la couche supérieure
du sol, il permet d’ameublir
et d’aérer la terre au profit des
jeunes racines. Indispensable:
soigneusement extirper au fur et
à mesure les racines des mauvaises
herbes mises à nu et les
éliminer sous peine d’en voir de
nombreuses repousser et venir
concurrencer vos cultures!

 

 

Engrais et
pesticides
bio

Les engrais permettent
d’augmenter le rendement et
les pesticides de lutter contre
les ennemis des cultures
(pucerons, fourmis, araignées,
mineuses…). Pour une
consommation domestique de
qualité, optez pour les produits
«bio», respectueux de l’environnement
et de la santé, et
de moins en moins onéreux,
dont les plus connus sont:
® Eco-oil: un huile végétale
qui contrôle araignées pucerons
et autres insectes en
pulvérisation.
® Fish Emulsion: un
engrais organique à base de
poisson liquéfié, utilisé en
irrigation fertilisante du sol.
® Acadian: un bio-stimulant
à l’extrait d’algue marine qui
renforce la plante et favorise le
développement racinaire.
® Avicumus: un fumier
agricole à base de lisier de
porc, riche en potasse.
® Azamax: un insecticide
naturel d’origine végétale,
ovicide et régulateur de
croissance.
Des engrais bio, issus de la
lombriculture (décomposés
par des vers), seront bientôt
disponibles (Agritech).