Les terrains plats sont rares, les terrains en pente le sont moins. Pour installer votre nid douillet, vous décidez d’opter pour un flanc de colline. Vous ne le saviez peut être pas encore, mais construire sur un terrain en pente n’est pas aussi simple qu’il y parait.

Terrains en pente

Attention au terrassement, entourez-vous de professionnels !
Enlevez vous de la tête qu’il suffit de faire passer un «case» pour poser un fare de plain-pied avec vue sur Moorea. C’est loin d’être aussi simple et mieux vaut le savoir pour éviter les mauvaises surprises d’une part et respecter l’environnement d’autre part.
Sachez-le, terrasser n’est pas sans risque pour vous et pour les autres et c’est polluant.
Tous les professionnels du bâtiment vous serinerons ce même refrain, soyez donc prêt à adapter votre projet à la nature plutôt que le contraire.

Le Code de l’Aménagement n’est guère contraignant, ce qu’il vous faut savoir:
• Le permis de terrassement est obligatoire pour tout projet comportant le déplacement ou la manipulation de plus de 60 m3 de matériaux.»
•Le dossier joint à la demande du permis de construire comprend les pièces suivantes:
• Eventuellement, une étude technique particulière concernant les terrassements.»
•La construction sur des terrains exposés à un risque naturel (inondation, érosion, affaissement, éboulement,...) peut n'être autorisée que sous réserve de la fourniture de documents justificatifs des dispositions envisagées tels que: étude géologique de sol, étude de structures particulières, etc., l'autorisation étant elle-même subordonnée à des conditions spéciales.»

Si vous dépassez les 60 m3 de matériaux déplacés ou manipulés lors du terrassement, l’opération peut donner lieu à l’obtention d’un permis spécifique auprès du Service de l’Urbanisme. Par ailleurs, ce dernier se réserve le droit de vous demander des études techniques si toutefois, il estime que votre projet comporte des risques.

“Etude géologique du sol, étude des structures“...
les grands mots sont lâchés. Mais de quoi s’agit-il? Pour construire sur un terrain en pente et vous entourer d’un maximum de garanties, vous devez faire appel à un certain nombre de professionnels que vous n’aviez peut être pas envisagé de consulter. Préparez-vous à faire intervenir un géomètre, un ingénieur géologue ou un géotechnicien, un bureau d’études techniques et bien sûr un architecte.

Le géomètre
Le géomètre contrôle le bordage de votre terrain sur place, soit ses limites. Ensuite, il relève les points de niveau et note les éventuels détails qui pourraient amener des changements dans le projet. A partir des relevés, il établit le plan topographique de votre parcelle. Vient ensuite le tour du géotechnicien ou de l’ingénieur géologue pour une étude des sols. L’intervention du géomètre ne s’arrête toutefois pas là. Une fois l’étude des sols réalisée et en fonction du type de maison pour lequel vous avez opté, le terrassement est dessiné et le géomètre se charge de l’implanter sur le terrain, afin qu’il soit conforme au plan. En fait, il redessine sur le terrain ce qui existe sur le plan et délimite ainsi les travaux du terrassier. Il interviendra de nouveau après le terrassement pour refaire un plan topographique et implanter la maison sur le terrain. Pour un terrain de 1500 m2, la réalisation d'un plan topographique seul vous coûtera environ 100 000 Fcp. Pour un plan topographique, un plan de terrassement, une implantation de maison, un recollement de terrassement et un contrôle de bordage, compter entre 150 000 et 200 000 Fcfp.

Le géotechnicien
Le géotechnicien ou ingénieur géologue s’assure que votre terrain présente une stabilité suffisante de la plateforme ou du versant au niveau d’éventuels glissements de terrain ou chutes de blocs.
Il vérifie par ailleurs que l'aggravation du risque présenté par votre projet est acceptable.
Il va donc s’intéresser à la géologie du terrain pour y adapter le terrassement, aux risques d’érosion des talus et à leur traitement, à la stabilité des ouvrages de soutènement, à la position et au niveau des fondations, à la géométrie entre ces fondations et à l’assainissement des plateformes.
Faire intervenir ce professionnel vaut dans le cas d’un terrain isolé, mais aussi pour l’achat d’une parcelle dans un lotissement. Assurez-vous que le lotisseur s’est entouré des conseils préalables d’un géotechnicien ou d’un ingénieur géologue.
Idéalement, il aura suivi les travaux de terrassement et se sera prononcé sur la stabilité des talus de déblai et de remblai avant de conclure à un faible risque de glissement de terrain ou de chutes de blocs.
Le deuxième niveau d’intervention du géotechnicien ou ingénieur géologue se fait à l’occasion de l’implantation de la maison et du dimensionnement des fondations. Il analyse la résistance du sol sur une profondeur suffisante afin de définir la profondeur des fondations et la portance du sol.
Il peut être contacté à posteriori pour vérifier que les fonds de fouille sont conformes aux hypothèses. Faire appel à un géotechnicien ou un ingénieur géologue vous permet de réduire considérablement le risque de voir apparaître des tassements ou des fissurations et leurs conséquences désastreuses.
Compter entre 30 000 et 150 000 F cfp* pour une intervention. Tout est fonction de la complexité de l’étude. Il suffit parfois d’un coup d’oeil pour qu’un professionnel vous dise “laissez tomber“ avant même de commencer la construction.
* Prix donnés à titre indicatif

Le bureau d’études
Le bureau d’études conçoit les plans techniques de la maison qui sont destinés à l’entrepreneur de gros oeuvre. A l’issu des études, il dresse des plans de coffrage, de ferraillage, il indique les matériaux à utiliser, les dimensions des fondations, des poteaux, des poutres et l’épaisseur des dalles posées sur le sol. Les documents réalisés par le bureau d’études ont pour objectif d’éviter que la maison ne s’envole en cas de cyclone, qu’elle ne s’écroule ou encore, qu’elle ne se déforme.

L’architecte
Si vous envisagez de construire sur un terrain en pente, plus que jamais, faites appel à un architecte. Encore une fois, chercher du plat sur un terrain en pente contrarie la nature, votre maison doit s’adapter à l’environnement et l’architecte est le mieux placé pour résoudre cette équation parfois délicate. Sur un terrain pentu, on pourra envisager des projets de construction sur plusieurs niveaux ou encore dans le prolongement d’une courbe de niveau en épousant la pente. L’architecte tient compte de la vue, des vents et des zones d’ombre. Gardez à l’esprit qu’une maison à étages coûte en général moins cher qu'une maison de plain-pied (un seul toit et moins de fondations). En vous offrant les services d'un architecte pour la conception de votre maison, vous aurez un résultat qui vous correspondra mieux et s’il est bien conçu, le bâtiment sera plus agréable à vivre et moins cher.

Les bons conseils des professionnels
•Avant d’acheter votre terrain, consultez le Plan de Prévention des Risques au service de l'Urbanisme (PPR disponible courant 2006) pour connaître les zones à risques.
• En pente, n'achetez pas trop petit. La limite de superficie se situe entre 1500 et 2000 m2. Plus le terrain est petit, moins le terrassement est possible.
• Dans un lotissement, achetez en déblai plutôt qu'en remblai et demandez toujours un conseil avant. Terrasser le moins possible et adaptez plutôt votre projet d'habitation en fonction des lieux.
•Si vous terrassez, faites vérifier les terrassements pendants et après. - Les résurgences d'eau ou les traces d'humidité dans les talus sont des indicateurs défavorables pour la stabilité. Lors de fortes pluies, l'eau doit être canalisée en dehors des talus.

En matière de terrassement…
•Les plateformes obtenues en remblai doivent être soigneusement compactées. Faites vérifier ses caractéristiques par un géotechnicien (s'il est homogène, le tassement est identique, s'il est hétérogène, le tassement est différentiel).
• Les pentes ne doivent pas excéder 35° à 40°. Une végétalisation rapide est souhaitable pour limiter l'érosion.
• Pour assurer la stabilité des remblais, on peut avoir recours à des murs de soutènement dont le calcul doit être fait par un bureau d'études. C'est d'autant plus important que les efforts dus à la poussée des terres humides peuvent être très importants.

Eviter les gros pépins
• Les fondations doivent être profondément ancrées pour éviter que ça ne glisse. Si elles ne sont pas suffisamment ancrées, avec la pluie, l'érosion de la partie supérieure risque de mettre à nue la fondation ce qui peut avoir pour conséquence un glissement définitif dans un mouvement d'ensemble de la maison.
• S'il y a une zone en déblai et une zone en remblai, il faut que les fondations se trouvent sur des zones de natures identiques, soit dans le déblai ou dans le remblai. Sinon, il y aura des tassements différentiels et la maison risque alors de se fissurer ou de glisser.
• Faites surveiller, au moins au début, la qualité du ferraillage par le bureau d'études qui a fait le calcul des structures.
• Sur un terrain en remblai, les fondations sont ancrées plus profondément afin de retrouver l'ancien terrain en déblai, ce qu'on appelle communément le "bon sol" ou terrain naturel.
• Il est possible de poser une maison sur un grand remblai avec un soutènement, à condition toutefois de faire réaliser une note de calculs, justification théorique de l'ouvrage par un bureau d'étude.

En termes d’assurance
• Si possible, exigez du constructeur et de tous les intervenants à la construction, une assurance Responsabilité Civile Décennale et vérifiez les termes de leur contrat. Ce point peut s'avérer difficile du fait que les assureurs ne délivrent pas ou peu cette assurance pour les maisons individuelles en Polynésie.
• Vérifiez que tous les intervenants à la construction sont assurés en Responsabilité Civile tant avant réception des travaux qu'après. (cette garantie ne se substitue pas à l'assurance Responsabilité Civile Décennale)
• Si possible, demandez aussi au constructeur et à tous les intervenants à la construction, une assurance Responsabilité Civile Décennale et vérifiez les termes de leur contrat. Cela sera sans doute difficile car les assureurs locaux ne délivrent presque jamais de garantie décennale pour des maisons individuelles. De plus, il ne s'agit pas de la garantie décennale "métropolitaine" mais d'une garantie appelée garantie de longue durée créée par les assureurs pour la Polynésie.
• Vous pouvez souscrire une garantie dite "Tous Risques Chantiers" qui garantira l'ouvrage en cours de construction et jusqu'à la réception des travaux, le vol des matériaux sur le chantier ... Cette garantie couvrira entre autres le remboursement des dommages consécutifs aux événements naturels, l Faites suivre la bonne exécution des travaux par un bureau de contrôle.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Faites des économies

A priori, adapter une maison sur un terrain en pente peut générer une différence de prix de l'ordre de 20% ou 30% des fondations. Toutefois, sur le coût total de la maison, cela représente moins de 10%. Sachant que le coût des fondations sur un terrain en pente est forcément beaucoup plus cher que sur un terrain plat, surtout pour une maison de plain-pied. Il faut bien faire ses comptes. Les travaux de terrassement, les ouvrages de soutènement etc., appelés V.R.D. (voirie, réseaux divers) coûtent très chers quand on les ramène à la surface au m2 de la maison. Votre budget n'étant généralement pas extensible, tous ces ouvrages sont amputés sur les dépenses consacrées à la maison elle même.

 

Bétonner pour stabiliser (technique qu’on appelle gunitage)
Pour stabiliser le talus il est possible de projeter du béton sur des parois de terre. Avant projection, le talus est préalablement dévégétabilisé préparé avec un treillis soudé ou un grillage renforcé comprenant des ancrages et des barbacanes.

 

 

Végétaliser pour stabiliser
Si vous terrassez votre terrain, il est important de stabiliser le talus pour limiter les effets de l'érosion. Plusieurs possibilités s'offrent à vous: soit l'habiller avec des enrochements, des murs, ou encore y faire pousser une végétation dense en terme de feuillage et de racines. Une plante répond à ces critères: le wedelia. C'est une plante bon marché, très efficace et qui ne nécessite pas beaucoup d'intervention pour un résultat assez esthétique. Vous pouvez également utiliser des systèmes anti-érosion comme des toiles de jute, de coco ou de paille, biodégradables elles permettent de plaquer le sol afin de faire pousser dessus des plantes. Autour de la maison, jusqu'à 45° de pente, il est possible de faire pousser du gazon qu’il conviendra de ne pas tailler systématiquement à ras.
Ensuite, il y a les buissons du type plumbago ou étoile d'Italie etc. Toutes les petites plantes qui sont volubiles, denses et dotées un bon enracinement vont permettre de créer des massifs dans la pente.